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Le Fonds du Logement et le Grund 1980-2005

Le Stadtgrund devenu zone d’assainissement

A la fin des années 1970 et au début des années 1980, il devenait de plus en plus évident que le Stadtgrund était en train de se transformer en un véritable «point chaud social». Il devenait donc urgent d’agir.

Le quartier du Grund avait mal vieilli. Au fil des décennies, personne n’avait réellement prêté attention à ce faubourg. Bien des maisons se trouvaient en état précaire ; état annoncé par la façade et confirmé par l’intérieur des bâtisses. Au total, toute une série d’habitations étaient en partie délabrées et beaucoup d’autres manquaient du plus élémentaire confort moderne digne de ce nom.

Jadis florissant, le quartier était donc devenu une zone où il fallait intervenir de toute urgence. Les négligences du passé avaient eu des conséquences pour le moins fâcheuses. Petit à petit, la ville basse avait perdu de son attrait et les bâtiments d’habitation avaient manqué de soins et d’entretien. Il est donc arrivé ce qui devait immanquablement arriver.

Les habitants du Stadtgrund se sont finalement divisés en catégories. Ceux qui ne voulaient pas vivre ce déclin inexorable et qui en avaient les moyens ont déménagé et sont partis vivre ailleurs. D’autres, fortement enracinés au Stadtgrund et qui ne voulaient ou ne pouvaient quitter ce quartier, sont restés, mais sans disposer des moyens financiers nécessaires à une réhabilitation de leur habitation ou du quartier. Enfin, les nouveaux habitants furent des familles de «travailleurs immigrés», essentiellement des citoyens portugais ou italiens. Ils s’établirent au Stadtgrund, là où les loyers fort bas correspondaient à leurs revenus modestes.

C’est de cette manière qu’un cercle vicieux finit par se former. Les loyers étaient bas parce que les maisons étaient dépourvues de confort. Et les propriétaires n’étaient pas disposés à investir dans leurs biens immobiliers parce que les revenus locatifs étaient peu élevés.

La situation était donc complètement bloquée. La vie au Stadtgrund en souffrait incontestablement et des groupements de défense des intérêts des habitants finirent par se former. Par le fait même, les problèmes spécifiques du Stadtgrund furent de plus en plus souvent mis à l’ordre du jour.

Les médias ont commencé à s’intéresser à la problématique du quartier. Photos à l’appui, les journalistes mirent l’accent sur le côté dramatique de la situation. Le côté pittoresque du quartier ne leur a pas échappé non plus et, finalement, un certain intérêt pour les vieux et vétustes immeubles de la vallée de l’Alzette commença à se manifester.

Malgré de longues années d’insistance, ce ne sont finalement pas uniquement les pouvoirs publics qui finirent par s’engager sur la voie de la revalorisation du quartier, mais également des investisseurs privés.

En fait, une situation bizarre s’installa peu à peu. Pendant de trop nombreuses années, personne n’avait voulu investir au Stadtgrund. Puis, tout d’un coup, on se disputait ces vieux immeubles.

Des prises de position de diverses natures émanèrent notamment de mouvements tels que «Interactions Faubourgs» ou «Comité international pour le Sauvetage du Grund». En principe, les habitants du quartier, réunis au sein des différentes associations, appréciaient globalement le fait que l’Etat et la Ville se préoccupent enfin du Stadtgrund. Mais ils trouvaient assez suspect le fait que leur quartier se transforme du jour au lendemain en territoire de chasse pour les promoteurs privés.

Pourquoi s’intéressait-on subitement à ce faubourg? Certes, le Stadtgrund avait conservé sa beauté traditionnelle et pittoresque et il s’agissait là d’un attrait non négligeable. Et d’un autre côté, l’intérêt croissant, durant les années 1970 – 1980, pour les habitations de qualité installées dans des endroits «insolites» pour l’époque, était essentiel aussi.

En résumé, on peut affirmer qu’il y avait, dès ce moment, une catégorie d’acquéreurs qui étaient saturés de la vie dans des lotissements stéréotypés et qui trouvaient plus «chic» de nager à contre-courant et de s’établir dans un faubourg. A condition, cependant, que l’ensemble réponde aux critères du haut de gamme contemporain, avec des bâtiments dont la façade reflète toujours le côté historique de l’habitation, mais dont l’intérieur, complètement réaménagé, correspond aux normes de confort de la fin du XXe siècle.

Habitants et pouvoirs publics reconnurent qu’une telle évolution comportait le risque d’une déstructuration du quartier. En effet, comment les couches les plus défavorisées de la population pouvaient-elles s’opposer à la puissance des investisseurs privés? Où trouveraient-elles un nouveau logement répondant à leurs critères économiques et financiers? Et quels habitants auraient la chance de pouvoir retourner vivre au Grund en y payant les loyers exigés après les travaux de rénovation?     La situation ne cessait donc de s’aggraver. Tout le monde se disputait le Stadtgrund, au cours d’une discussion basée non seulement sur les grands principes, mais aussi sur l’argent. D’un côté, l’Etat et la Ville, avec les habitants, cherchaient une méthode d’assainissement cohérente, mais douce et socialement acceptable ; d’autre part, les intérêts privés privilégiaient des projets à haut rendement.

Pendant des années, les partisans des deux thèses s’affrontèrent, le plus souvent à huis clos, mais également au grand jour, lors des travaux de transformation de l’actuel «Cercle Münster».

Ou encore - suite à l’érection du bâtiment de la «Chase Manhattan Bank» - lors de l’intervention politique «musclée» du Ministre des Affaires culturelles, Robert Krieps, en 1988. Citation d’une lettre envoyée au Président du Fonds du Logement: «… l’intérêt historique et esthétique m’a déterminé à inscrire à l’inventaire supplémentaire des monuments nationaux les immeubles de la rue Münster à Luxembourg-Grund inscrits au cadastre de la Ville de Luxembourg, section C de Grund, sous les numéros ….» (signé Robert Krieps).

Mais l’élément juridique le plus marquant date du 24 octobre 1983 : ce jour-là, le Conseil communal de la Ville de Luxembourg déclarait, par un vote unanime, que le Grund était désormais une «zone d’assainissement». Quelques jours auparavant, le 11 octobre 1983, avait déjà été signée une convention avec le Ministère de la Famille et du Logement social destinée à régler l’interaction entre les participations de l’Etat et de la Ville dans le cadre de l’assainissement du quartier.

Cette déclaration relative à la «zone d’assainissement» retient qu’il s’agit essentiellement de réaliser les opérations suivantes :

  • «augmentation de la qualité de la vie par l’assainissement progressif des îlots en améliorant la salubrité et l’habitabilité des constructions existantes, le curetage de l’intérieur desdits îlots par la suppression d’arrière-bâtisses sans intérêt historique ou architectural, voire irrécupérables ;
  • la possibilité de créer des logements sur des terrains non construits et la transformation en habitations de bâtiments existants initialement destinés à d’autres affectations ;
  • la création d’espaces verts et d’aires de jeux ;
  • la possibilité d’une communication par ascenseur avec le plateau du Saint-Esprit ;
  • le réaménagement et l’agrandissement des bâtiments scolaires ainsi que l’installation d’un centre sportif».

Pour soutenir les habitants et offrir un cadre très clairement défini aux investisseurs susceptibles de s’engager au Stadtgrund, les pouvoirs publics ont défini l’assainissement comme suit :

«les travaux à exécuter doivent aller au-delà d’une simple conservation du patrimoine architectural. Ils doivent valoriser et rénover l’habitat de ce faubourg historique en l’adaptantaux besoins d’une population spécifique. D’un autre côté, il faut se garder d’une modernisation outrancière des maisons qui risquerait de nuire à la population locale en entraînant une augmentation trop considérable de la valeur des logements et, partant, de leurs loyers».

Au vu de cette description, le Fonds du Logement était donc l’acteur idéal à impliquer dans la réalisation de ces travaux : ses activités au Stadtgrund ont donc débuté en 1980 avec la rénovation de la «Winnschoul» et, depuis lors, depuis un quart de siècle, il poursuit un ambitieux projet d’assainissement à caractère unique.

Tout a commencé avec la «Winnschoul»

Le réaménagement complet de l’ancienne «Winnschoul» a été le tout premier projet au Grund auquel s’est attaqué le Fonds du Logement créé en 1979.

Le bâtiment avait été construit entre 1807 et 1809 et il servit d’abord de prison (jusqu’en 1869), avant d’être transformé en fabrique de souliers (jusqu’en 1891), puis en maison d’éducation pour garçons. Son nom vient d’ailleurs de cette dernière institution. Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, le bâtiment a aussi hébergé les bibliothèques des bénédictins de Clervaux et des rédemptoristes d’Echternach. A la fin de la guerre, des prisonniers politiques y furent détenus, puis l’établissement subit divers travaux de transformation en vue de la création de logements de service pour le personnel de la prison.

Ces murs auraient bien des histoires à raconter! Il était donc essentiel d’éviter la disparition du bâtiment et il faut ici saluer le fait que le Fonds du Logement ait procédé à son assainissement en vue de créer des habitations financièrement abordables, mais de bonne qualité. Les travaux ont été exécutés dans les règles de l’art : 14 appartements ont été réalisés entre 1980 et 1984… mais également 5 cabines de douches publiques destinées aux habitants du Stadtgrund qui ne jouissaient pas encore de ce confort.

La «Winnschoul» devient une véritable «vitrine» pour le Fonds du Logement, mais aussi pour le quartier. A l’époque, le «Luxemburger Wort» écrivait dans ses colonnes que l’on avait «créé un ensemble exemplaire, une carte de visite du Stadtgrund». A l’occasion de l’inauguration du complexe, le «Comité international pour le Sauvetage du Grund» avait même diffusé un communiqué de presse dans lequel il exprimait sa satisfaction à l’égard des initiatives de restauration prises par le Fonds du Logement et par l’Etat, tout en exigeant la construction d’autres soi-disant «logements sociaux».

Présentées comme exemplaires en 1984, les douches publiques de la « Winnschoul » sont aujourd’hui totalement superflues. Elles ont été fermées au milieu des années 1990 et le local qui les abritait a été transformé en « Internetstuff ». Les besoins du quartier ont bel et bien changé en profondeur et l’on peut sans conteste parler d’une énorme évolution en seulement deux décennies et demie.

Une grande part du mérite de ce travail revient au Fonds du Logement. Ses efforts ont notamment contribué à transformer des immeubles vétustes en logements salubres et, depuis, son travail a aussi été imité.

Mais les travaux de rénovation qui ont débuté dans la «Winnschoul» et qui ont fini par s’étendre à l’ensemble du quartier ne se sont pas toujours déroulés sans critiques. Des craintes exprimées par les uns ou les autres se sont révélées par la suite non fondées. Le Grund n’a pas été assaini jusqu’à en perdre son identité, mais les mesures prises lui ont permis de connaître une nouvelle vie. Des logements ont été créés pour tout le monde, y compris pour les personnes aux revenus les plus modestes.

La « Tilleschgaass » (rue St-Ulric) se trouvait avec la «Winnschoul» au début des efforts d’assainissement menés par le Fonds du Logement. Jusqu’à aujourd’hui, cette rue est restée au coeur des préoccupations et des prestations du Fonds du Logement.

Le nom de «Tilleschgaass» vient d’une déformation du nom de Thionville car, au bout du Stadtgrund, se trouvait la «porte de Thionville» (vieille porte d’écluse) qui constituait, avec la porte St-Ulric, le dernier élément du Stadtgrund en direction de la montée et de la vallée de la Pétrusse.

Aujourd’hui, le Fonds du Logement a créé ou rénové pas moins de 60 habitations dans le quartier, sur base de 6 phases différentes.

Après la «Winnschoul», le Fonds du Logement a procédé à la remise en état de 5 maisons aux numéros 11, 13 et 15 de la rue St-Ulric ainsi qu’aux numéros 3 et 5 du «Bisserwee». Ensuite, ce fut le tour des maisons sises aux numéros 2 et 4 de la rue Münster, du numéro 17 de la rue St-Ulric, des numéros 15 et 17 de la rue Plaetis et du numéro 1 de la rue Münster. Puis vint le tour des maisons unifamiliales de la montée de la Pétrusse, de l’immeuble à 8 appartements de la rue du Rham, des numéros 20 et 21 de la rue St-Ulric, des numéros 12 à 16 de la rue Münster ainsi que des numéros 2 et 2A de la rue de Trêves, du numéro 4 de la rue St-Ulric et, enfin, des numéros 25 et 25A de la rue St-Ulric.

A l’heure actuelle, plusieurs chantiers sont encore prévus : la construction d’un immeuble au numéro 18 de la rue Münster, ainsi que l’aménagement d’espaces verts, d’une aire de jeux et d’un parking dans l’arrière-cour de la «Winnschoul».

Avec tous ces projets réalisés, en cours ou prévus, le Fonds du Logement totalisera finalement 77 habitations (dont 66 à louer) et 17 surfaces commerciales.

Aujourd’hui, le Fonds du Logement peut se montrer légitimement fier des 25 ans de travaux et d’efforts menés dans ce quartier. Il a fait ce qu’il fallait vraiment faire. Les habitants ont eu la possibilité de rester dans leur quartier ; de bons logements ont été créés ; l’aspect général du faubourg a été amélioré et de nouveaux commerces sont apparus alors qu’ils avaient plutôt tendance à déserter le quartier avant l’intervention du Fonds.

L’histoire du Stadtgrund remonte au Xe siècle, à l’époque de la construction d’un château-fort sur le rocher Bock, acquis en 963 par le comte Sigefroi, et de l’apparition de nombreux artisans dans la vallée de l’Alzette.

Elle se poursuivra au cours des années à venir et des périodes futures. Ce quartier, où il fait désormais bon vivre, porte et portera l’empreinte du Fonds du Logement qui y réalisera encore d’autres travaux.